Gengis Khan / Milano

Gengis Khan*, alias Milano, alias Meo, alias… impossible de savoir combien il compte d’alias. Impossible aussi de savoir si c’est une seule et unique personne qui se cache derrière ces pseudonymes, mais en tout cas, on tient là un (deux ?) joueur(s?) hors pair. Il suffit d’écouter ce qu’en dit eobllor – excusez du peu : « Quand le tirage au sort me donne les noirs, j’ai l’impression d’avoir déjà gagné, sauf contre Milano ».

De l’avis de certains (jaloux ?), Gengis Khan serait de ces joueurs qui gagnent en ne prenant pas de risques. Mon avis est bien plus nuancé : Gengis Khan prend des risques pesés avec les plus fines balances. Des risques pesés avec d’autant plus de science qu’il fait partie de ces joueurs ayant une excellente capacité à se représenter des positions qui n’existent pas encore sur l’abalonier, ce qu’ Alfred Binet appelle l’imagination, et qui est la base de l’anticipation des coups futurs.

Difficile de lui tendre un piège : il vous voit venir avec vos gros sabots, et trouvera la meilleure parade, le plus souvent offensive. Et lorsque vous ne comprenez pas l’un de ses coups, c’est vraiment le moment de vous inquiéter : vous verrez dans un proche avenir que tel déplacement qui vous a paru plutôt neutre constituait en fait les prémices d’une dangereuse offensive.

En effet, Gengis Khan applique à la lettre le principe posé par Pedro Damiano : « Aucun coup ne doit être joué sans but ». Sur cette contraction de l’espace-temps qu’est l’abalonier, il déplace ses billes de la manière la plus efficace qui soit. Dans son jeu, aucun coup n’est joué pour rien, au point que vous aurez parfois l’impression qu’il joue deux coups quand vous en jouez un seul, et que vous subissez le plus souvent son jeu sans pouvoir imposer le vôtre.

Sur le plateau, c’est un tueur ; mais il vous occit avec tant de politesse que vous en redemandez. Attention : l’humour de Gengis Khan peut être aussi ravageur que son jeu ; sachez qu’il manie le second degré (voire le troisième ou le quatrième) avec autant de facilité qu’il déplace son armée de billes. Et s’il vous déclare, après vous avoir battu, que vous avez très bien joué, c’est peut-être un vrai compliment – ou peut-être une manière de mieux faire sentir sa supériorité. Caracolant en tête du classement Elo depuis des mois, il a placé au moins quatre de ses pseudonymes dans le top 10 ; par fierté ou par dérision ? Allez savoir…

Au fond, Gengis Khan est comme ces filles qui sont très belles et qui le savent : tout à fait fascinant, complètement insupportable, et absolument incontournable.

Gramgroum, le lundi 4 juin 2012

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* Entre novembre 2011 et novembre 2013, ce joueur cessa d’utiliser le pseudo « Milano », et a de rares exceptions (à ce qu’il me semble), officia essentiellement avec le pseudo « Gengis Khan », sous lequel il régnait en maître craint et respecté sur le monde abalonien. C’est pourquoi en 2012 je me suis autorisé cette petite permutation, l’article original de Gramgroum s’intitulant « Milano ». (FightClub)