Certes, tu vas progresser… mais tes adversaires aussi !

09/04/2017


Caroline Wozniacki au tournoi de Wimbledon, le 28 juin 2012

« Il y a beaucoup de choses que je peux encore améliorer dans mon jeu, mais c’est le cas pour tout le monde. »

Caroline Wozniacki, joueuse de tennis professionnelle danoise (1990-)

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Lien : La bille et la balle (abalone et le tennis)

Retrouvez toutes les citations dans le Dictionnaire de citations.

All quotes in the Dictionnary of quotes.

 

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La belge de la quinzaine (fin novembre 2015)

Le principe de cette rubrique est de soumettre deux fois par mois à votre analyse une partie ancienne ou inédite en marguerite belge, la reine des variantes.

Comme pour les problèmes, ces parties peuvent bien sûr faire l’objet de commentaires dans lesquels vous pouvez donner votre avis sur les choix effectués par les joueurs au cours de la partie.

Gardez cependant toujours à l’esprit que les joueurs, eux, ne connaissaient pas à l’avance le déroulement de la partie 😉

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Nous sommes samedi. Normalement ce n’est pas mon créneau, c’est celui de Gramgroum, mais j’ai pris du retard sur le planning de novembre, donc je te grille la priorité Gram, j’espère que tu ne m’en tiendras pas rigueur 😉

Commençons par de bonnes nouvelles. Eve-Marguerite, la Belge de la première quinzaine, est toujours hospitalisée, mais ses jours ne sont pas en danger. Elle devrait pouvoir sortir bientôt. Visée par une rafale de kalachnikov alors qu’elle jouait tranquillement à abalone à la terrasse d’un café parisien avec un partenaire de rencontre, elle a été blessée par balle (6 au total) mais ses organes vitaux n’ont pas été touchés. Elle a aussi reçu de nombreux éclats de verre lorsque la vitrine de la devanture a éclaté. Je suis allé la voir à l’hôpital, mais j’ai dû laisser mon bouquet de marguerites à l’accueil, car les fleurs sont interdites de séjour dans les chambres des malades (à cause des maladies nosocomiales, à ce qu’il me semble). Un des médecins m’a confié qu’à son réveil, elle a dit qu’elle emmerdait les djihadistes et qu’elle retournerait jouer au même endroit dès que son état de santé le lui permettrait, et dès que les travaux de remise en état du café seraient terminés. Je n’ai pas été trop surpris parce que c’est une battante, Eve-Marguerite ! Elle au moins aura cette chance, a-t-elle dit, et sa pensée va à tous ceux et celles qui ne joueront plus, à leur famille et à leur proches, et surtout à leurs enfants s’ils en avaient. Si vous voulez faire quelque chose pour eux, pour trouverez sans problème en surfant sur la Toile. Voici un lien parmi d’autres.

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La marguerite d’aujourd’hui oppose caché et alain. En marguerite belge, commencer avec les blancs est souvent ingrat. A niveau égal, les chances de gains de Noir sont incontestablement supérieures à celles de Blanc. Et pour peu que s’ajoute à ce désavantage une ouverture un peu hasardeuse, c’est la catastrophe assurée, à savoir une partie éclair qui se termine bien souvent sur un 6-0, un 6-1 ou un 6-2.

C’est un peu la mésaventure qui est arrivé à alain dans cette partie. A sa décharge, son adversaire était caché (je ne sais toujours pas de qui il s’agit d’ailleurs 😉 ). Si de plus ils ont joué dans l’obscurité (il était entre 20h et minuit), cela constituait un sacré désavantage ! Au coup 5, les Noirs prennent d’assaut le pivot, à la suite de quoi les deux marguerites blanches n’auront jamais l’occasion de faire connaissance : celle du haut se retrouve coincée, et caché n’a quasiment plus qu’à faire tomber les boules une à une à la manière d’un champion de billard.

On notera néanmoins que le jeu de caché n’est pas optimal et qu’il aurait sans doute pu faire mieux (je vous laisse découvrir comment 😉 ), notamment du fait qu’il s’est un peu compliqué la vie sur la fin de partie. Mais bon, chacun fait comme il le sent, et c’est toujours facile de critiquer après coup 😉

Blitzspiel

Marguerite belge

blitz-blackwhite
(cliquez sur l’image pour voir une partie éclair)

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Notation Aba-Pro de la partie :

Belgian daisy
1.i9h8 a5b5 2.a1b2 a4b5 3.a2b3 b6c7 4.i8h7 b4c5 5.h8g7 d5d7e6 6.b3c4 c5c7d6 7.c4d5 d6e7 8.g8g7 i5h5 9.d5e5 d7e7 10.e6f6 d8e8 11.e5f5 e7f7 12.f6g6 g3g4f3 13.i7i6 h4g3 14.i6h5 g3f3 15.g4g5 g9f8 16.f5g6 e3f4e4 17.g6h7 e4f5e5 18.h6g5 f3e3 19.c3d4d3 e8e7 20.g5f4 e7e6 21.f4e3 e6f7 22.e3d2

La belge de la quinzaine (fin octobre 2015)

Le principe de cette rubrique est de soumettre deux fois par mois à votre analyse une partie ancienne ou inédite en marguerite belge, la reine des variantes.

Comme pour les problèmes, ces parties peuvent bien sûr faire l’objet de commentaires dans lesquels vous pouvez donner votre avis sur les choix effectués par les joueurs au cours de la partie.

Gardez cependant toujours à l’esprit que les joueurs, eux, ne connaissaient pas à l’avance le déroulement de la partie 😉

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L’art d’effeuiller la marguerite

Marguerite belge

effeuiller-la-marguerite

(cliquez sur la marguerite pour visionner un effeuillage express) *

Ce n’est certes pas très charitable pour le perdant d’exhumer cette partie qui est un vrai massacre, mais c’est pour la bonne cause : bon nombre des parties qui ont été publiées sur ce blog sont destinées à illustrer un article rédigé de longue date mais encore inédit, qui dressera une sorte de typologie des parties en fonction de ce qui se passe au cours des différentes phases du jeu.

Nous avons ici un parfait modèle de la partie courte, illustrant une des erreurs majeures que l’on peut rencontrer en Marguerite belge : laisser l’adversaire isoler une marguerite. Le risque est maximum lorsqu’on laisse l’une de ses deux marguerites inerte trop longtemps après le début de la partie. Eviter de le faire limite le risque, mais n’est cependant pas une garantie suffisante pour se prémunir contre ce genre de situation, comme en témoigne cette partie.

L’idée essentielle à retenir est que la bataille du centre ne peut pas être gagnée quand on ne joue que d’un seul côté 😉

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* Tous Publics, évidemment… 😛


Notation Aba-Pro de la partie :

Belgian daisy
1.a1b2 g4g5f4 2.a2b3 h4h6g4 3.i9h9 c5c6d5 4.b2c3 b4b6c5 5.g7g9f6 d5d6e6 6.f8f7 e7e6 7.c4d4 c5c7d5 8.d4e4 i5i6h5 9.h7h9g7 g6g5 10.b1c2c1 g5g4 11.b3c3 a4a5b4 12.c1d2 d7d6 13.c3d3 b4b5c4 14.g9g8 h5g4 15.f6f5 d6d5 16.d2e2 c5c4 17.g8g7 c3d4 18.g7g6 g3h4 19.e4f4 i5i6 20.f4g5 i6i7 21.g5h6

De l’importance de compter les billes

Rendre coup pour coup peut être une tactique, simple manoeuvre d’intimidation chez celui qui en escompte un recul de l’adversaire, technique pure chez celui qui sait exactement où ce petit jeu va mener, ou bien les deux, l’une n’étant pas exclusive de l’autre.

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Oeil pour oeil, bille pour bille : c’est là un jeu dangereux ! Gare à celui qui met le doigt dans l’engrenage infernal de ce quitte ou double sans avoir jeté un oeil sur le score ! Il risque bien de s’y casser les dents… XD

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(cliquez sur l’une des images pour visionner la partie)

A chaque dizaine de coups, un marqueur apparaîtra au coin de l’image en haut à gauche pour indiquer où en est la partie. Je vous ai mis la partie complète, mais la démonstration ne commence qu’au coup 30.

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Nota bene : pour les amateurs de problème, il y a peut-être un coup à récupérer sur la fin 😉

La menace est plus forte que l’exécution

04/01/2015

guillotine250

« La menace est plus forte que l’exécution. »

[Propos attribué à Aron Nimzowitsch au cours d’un tournoi]

Aron Nimzowitsch, champion d’échecs danois d’origine russe (1886–1935)

 Retrouvez toutes les citations dans le Dictionnaire de citations.

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Appliquée à abalone, l’idée mérite quelques explications :

La menace précède toujours l’exécution, puisque pour « exécuter » une bille (l’éjecter), il faut déjà être en position de le faire avant que l’adversaire ne joue son coup.

La menace, bien que toujours réelle, n’est pas toujours perçue, surtout par les débutants, dont il est facile de détourner l’attention, car ils se caractérisent par une certaine myopie : ils ont tendance à se focaliser sur le lieu de l’action, ou sur l’aspect le plus visible d’un coup, et n’ont pas une vision d’ensemble du jeu.

Mais ce qui nous intéresse ici est la menace perçue, car c’est elle qui la rend plus forte que l’exécution (et puis vaincre un adversaire qui perçoit la menace est quand même plus intéressant que d’expédier un néophyte qui ne voit pas le jeu 😉 ). En effet, là où l’exécution relève de la simple tactique (affaiblir matériellement l’adversaire sans trop fragiliser sa propre position), la menace relève d’une stratégie d’ensemble : le choix d’un jeu offensif savamment construit.

On entre ici dans une dimension proprement psychologique du jeu, qui transcende la simple technique, mais qui s’appuie sur elle, faute de quoi elle sera inévitablement vouée à l’échec ! La capacité technique ou la puissance d’exécution d’un joueur pourrait être assimilée à sa force physique. Sa capacité à menacer efficacement son adversaire, et à ne pas se laisser impressionner par lui, constitue en revanche sa force mentale. Or le mental, entre deux adversaires de niveau comparable, c’est essentiel !

Celui qui menace doit toujours être en mesure d’exécuter, car son adversaire peut ne pas se laisser intimider, et en retour se montrer lui-même menaçant. Le joueur menaçant n’a pas comme objectif premier de mettre sa menace à l’exécution, mais plutôt que celle-ci fonctionne. Mais si elle ne fonctionne pas, il doit être capable de le faire. Gardez-vous des menaces en l’air ! Votre adversaire n’est pas si bête, il s’en rendra vite compte et vous perdrez toute crédibilité !

Menacer, c’est pousser l’adversaire à un jeu défensif. Si le joueur menacé se laisse prendre à ce jeu, le joueur menaçant mènera la danse. Le joueur menacé ira alors de reculade en reculade sous la pression, et finira par tomber dans le vide.

En cherchant à se libérer d’une pression de son opposant, le joueur sous la menace n’a que deux possibilités défensives : s’écarter ou se regrouper. La première option conduit toujours à un éparpillement fatal. La partie se termine en un jeu de billard, consistant à éjecter les billes adverses aux six coins du plateau. La seconde est parfois un remède pire que le mal : en se regroupant dans un espace confiné, le joueur menacé ne fait que faciliter la tâche de son adversaire : des lignes de deux billes bien regroupées sur un bord du plateau feront le bonheur de votre bourreau ! Du travail propre et sans bavure. Il n’aura même pas besoin de se racheter une paire de bottes 😉

Bref, dans tous les cas, lorsqu’un joueur se résigne à jouer ses coups sous la contrainte, et se laisse dominer psychologiquement par son adversaire,  l’issue de la partie s’avère pour lui toujours fatale…

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Imagination et technique : un commentaire de Chriscool

Ce qui suit est un commentaire de Chriscool sur un ancien article de Gramgroum intitulé Imagination et technique : existe-t-il un art du jeu d’abalone ?

L’article de Gramgroum date de novembre 2005, et il est probable que ce commentaire, où Chriscool développe un point de vue personnel, lui soit contemporain.

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Je pense que l’intelligence abalonienne fait appel à plusieurs caractéristiques, dont principalement :
__ les capacités de calcul brut, qui vont permettre d’anticiper un certain nombre de mouvements ;
__ les capacités de représentation spatiale, qui vont permettre d’identifier des patterns plus facilement (ce qui a pour avantage de réduire les nécessités de calcul pur) et les lignes de force (mouvements possibles en interaction avec l’adversaire).

Concernant le style personnel, un recensement le plus exhaustif possible des différentes techniques de jeu est nécessaire afin de pouvoir exprimer le style de chacun en fonction de critères objectifs et mesurables, le style de jeu pouvant alors être décrit comme la liste des techniques les plus souvent utilisées lors de situations ou patterns spécifiques.

Par exemple ce qui caractérise le plus le style d’eob, selon moi, c’est son approche « divide and conquer » (diviser pour régner). Il me semble qu’il accorde plus d’importance au fait de diviser les billes de l’adversaire que d’occuper le centre, sauver ses boules ou manger celles de l’adversaire. Concernant goha, c’est plus difficile de noter un style particulier car il fait souvent, durant une certaine période, ce que je qualifierais de l’exploration de concept. A une époque, par exemple, il s’efforçait d’introduire trois billes loin derrière les lignes ennemies pour l’y menacer constamment.

Je ne pense pas que le style s’efface lorsque deux joueurs de même niveau s’affrontent (i.e. que le jeu redevienne classique). En revanche, certains styles sont peut-être plus à même d’en contrecarrer d’autres. D’une certaine manière, le joueur qui va gagner sera celui qui réussira à imposer son style, et il se peut que cela prenne un certain temps (durant lequel le jeu semblera « classique ») avant que l’un des deux n’y parvienne.

Concernant les IA qui posséderaient un style ou non, il convient de mieux définir ce qu’on désigne par style. Si le style repose sur les techniques mises en oeuvre selon les situations, une IA possède bel et bien un style, plus qu’un joueur humain même, comme tu le précises, du fait de l’uniformité de ses réponses (lorsque deux situations identiques se présentent, les IA actuelles [novembre 2005, NDLR] joueront toujours la même chose).

Tu remets en question le fait qu’une IA possède bel et bien un style sous le prétexte qu’elle ne se baserait sur aucune émotion. Ce sont en fait, selon moi, deux notions complètement orthogonales, le style étant pour moi simplement l’ensemble des techniques mises en oeuvre. Si on cherche à normaliser le style humain, basé en grande partie sur l’émotion, la psychologie et l’état d’esprit du joueur, dont notamment son aversion au risque, avec celui d’une IA, il est facile de faire le parallèle entre la fonction d’évaluation de l’IA et l’émotion du joueur humain. La spécificité de l’émotion sur une fonction d’évaluation consiste à fournir une réponse en présence de paramètres non quantifiés, mais cette caractéristique est également présente, dans une certaine mesure, dans les IA basés sur des réseaux de neurones (dont l’intérêt repose précisément sur le fait de pouvoir choisir une solution lorsque le calcul algorithmique seul ne le permet pas).

Une IA est bel et bien pourvue d’un style, selon moi. Une question intéressante consiste à se demander dans quelle mesure telle IA possède un style *personnel*, dans la mesure où les IA actuelles semblent converger vers les mêmes notions tactiques (compacité et proximité du centre).

Concernant le rapport entre art et technique, il peut se résumer de manière assez simple. La notion d’art implique que l’artiste a le choix, ce qui n’est pas le cas dans les IA déterministes basées sur une fonction d’évaluation, dont l’objectif consiste précisément à déterminer une solution unique, celle qui sera considérée comme la meilleure en fonction de critères objectifs, mesurables, quantifiables. En clair, la notion d’art est incompatible avec celle de systèmes déterministes, sans que cela ne remette en question la possibilité d’une IA à posséder un style « personnel ».

Parler de l’art comme étant l’union de l’imagination et de la technique frise la théologie dans la mesure où il est difficile de définir clairement ce qu’est l’imagination. D’un point de vue pratique, je qualifierais d’art abalonien la capacité à choisir un parmi différents mouvements de même « valence », voire la capacité à choisir un mouvement qui pourra être jugé moins efficace selon des critères objectifs. L’art abalonien réside, selon moi, dans la capacité du joueur à évaluer des critères subjectifs, non mesurables par la machine. A titre d’exemples, un joueur peut jouer un mouvement « objectivement » moins efficace mais qui aura pour effet de déstabiliser son adversaire ou de lui exercer une pression psychologique, ou encore d’orienter le jeu vers des patterns plus favorables à son style de jeu qu’à celui de son adversaire.

Chriscool, 16 novembre 2005